Interview de Paul de Maricourt par Mobidesign

Retour

- Paul de Maricourt, comment débute votre dernier roman, les Grains du Silence ?

- Comme une porte que l'on vous ferme au nez ! Un vagabond demande de l'aide, on la lui refuse. On le lance sur la mauvaise route, sur la pente du tragique. C'est fou comme un geste de fermeture peut plonger un individu et son entourage dans le noir !

- D'ailleurs, ce roman est vraiment noir, très dur...

- C'est vrai, mais il n'est pas séducteur. Je veux dire, il ne flatte pas les instincts, il ne cultive pas le malsain ou la violence au delà de mes propres préoccupations ou de ma propre inspiration. A aucun moment je ne me suis dit :"tiens, je vais ajouter ça pour retenir l'attention du lecteur". Malgré tout, ce climat de violence peut heurter.

- Comment naît un roman ?

- Je ne sais pas. Je peux juste vous raconter comment celui-ci est né. Je ne suis pas un vrai écrivain, parce que je suis incapable de parler d'autre chose que de mes rêves. Je puise en moi, avec un égocentrisme assumé. Je pourrais dire que ce roman a bouillonné en moi, dans mon sang, pendant plusieurs jours.

J'étais dans le Sahara en mars 2003, sud de l'Algérie, proche de la frontière libyenne. Dans le désert, une journée, c'est court et c'est long, ce n'est parasité par rien. On a tout le temps et le calme nécessaire pour renouer avec un dialogue intérieur.

Le récit m'est venu en marchant. J'ai voulu écrire sur l'éternelle douleur de l'enfance dévoyée en la transposant dans mon univers, en tentant - à la façon des contes - de donner à mon récit une coloration symbolique, intemporelle et universelle.

Je marchais et les paysages ont fusionné. L'intérieur et l'extérieur se sont rejoint. J'apercevais un margouillat, un acacia à sève noire qui paraissait suinter du sang, une ligne de crête... A chaque pas, mon récit se construisait.

- Mais vous aviez déjà écrit un premier roman, au sujet de cette légion d'enfants soldats...

- C'est vrai, j'avais déjà une trame, bien sûr. J'avais déjà écrit la Légion Blanche et je comptais bien m'appuyer dessus pour ce nouveau récit, mais ce que j'ai vécu comme un véritable miracle, c'est cette porosité des deux mondes, l'imprégnation de mes rêves par les sables.

- Vous voulez dire que le Sahara et votre Pays d'Ocre ont fusionné ?

- En quelques sortes ! Hugo disait "être poète, c'est enfermer un monde en soi". Eh bien, dans ma sphère intérieure, à l'épicentre de mon imaginaire, il existe un vaste désert qui porte pour nom le Pays d'Ocre et qui s'est nourri autant de mes rêves que de mes récents voyages.

- Pouvez-vous nous parler des personnages ? Jacob, en particulier...

- L'homme à l'auréole de mouches ! C'est un personnage qui cristallise en lui les 7 péchés capitaux ! A un tel degré qu'il peut susciter soit un violent rejet, soit de la compassion. Paradoxalement, il y a aussi chez Jacob quelque chose de l'innocence de l'enfant. Rien ne peut le déniaiser ! Tout lui fait violence, tout fait de lui un martyr. Jacob, charogne ou saint innocent ? Je ne peux pas trancher ! D'où l'auréole de mouches.

- Et sa fille, Nina ?

- J'ai eu besoin de me raccrocher à sa présence fraîche et sûre pour traverser les sables mouvants de mon récit. Je crois qu'elle peut-être une sorte de médiatrice entre le lecteur et le roman. Faites lui confiance ! Elle est saine, aussi saine que Jacob est fou.

- Oubli, l'enfant soldat ?

- Il a mûri trop vite. En quelques mois de laminage, on fera de lui une bête. Comme si Oubli avait compris que c'était là la seule façon de survivre ou comme si une part de lui attendait cette heure, il va se laisser guider par l'instinct, avec une inquiétante soif de pouvoir.

D'apparence, Oubli n'est alors plus qu'une machine de guerre sans émotion extérieure, semblant blindé, animé par l'orgueil. Ni adulte ni enfant : animal. Au point qu'il peut paraître détestable, si l'on occulte ce qu'il endure. Oubli marche vers l'animalité, vers son destin, sa deuxième naissance aux champs d'ocre rouge.

- Merci, Paul de Maricourt. Un mot sur votre prochain texte ?

- Un conte. Quelque chose de romantique et d'idéaliste. La guerre en toile de fond, mais j'ai surtout envie de parler d'amour.

Mobidesign, septembre 2004
Retour
[mobidesign.net] [poulhes.net]
[admi.net/Top10x10] [Top 10x10 du design]
2003-2008 Tout droit réservé. contact message2